Un marché bien dans l’ombre

Source: wort.lu

Ce jeudi après-midi, dans les couloirs du sous-sol de l'hôtel Royal qui donnent accès à ses salons, banquiers et
avocats s'affairent. Le symposium de Bloomberg sur les family offices va commencer.
Ce jeudi après-midi, dans les couloirs du sous-sol de l’hôtel Royal qui donnent accès à ses salons, banquiers et
avocats s’affairent. Le symposium de Bloomberg sur les family offices va commencer. Photo: Pierre Matgé

Publié le jeudi 29 juin 2017 à 19:25

(pso) – Le petit monde des family offices se réunissait ce jeudi dans les salons cossus de l’hôtel Royal pour le symposium annuel de Bloomberg consacré à la gestion des patrimoines familiaux.

Après avoir échangé les premières cartes de visite et fini leur tasse de café, ces banquiers, avocats et conseillers économiques – ils étaient une centaine – se sont dirigés vers la grande salle de conférence de l’hôtel du boulevard royal.

Ce petit succès commercial pour la plateforme d’information financière révèle le dynamisme du marché. On ne le soupçonnait pas. Les family offices ont disparu du débat public depuis la promulgation, le 21 décembre 2012, de la loi qui leur est consacrée (voir plus bas).

Bernard Lhoest associé du cabinet EY parle d’un discret, mais solide développement des family offices en marge d’un secteur qu’il côtoie au quotidien: la banque. Nombreux sont les établissements qui se lancent pour les servir.

On l’évoque pourtant peu: «Comme le principe de base, c’est la discrétion, personne n’en parle, mais il y en a de plus en plus», affirme l’auditeur.

Un changement législatif à opérer

Ils sont en effet une centaine de professionnels du secteur financier à avoir demandé le statut de family office à la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF) depuis son instauration il y a un peu plus de quatre ans. «Difficile de savoir vraiment qui se revendique family office pour autant», constate Serge Krancenblum, président de l’association luxembourgeoise des family offices (LAFO).

L’intitulé de l’activité cache plusieurs réalités. Avocats et comptables bénéficient automatiquement du statut s’ils souhaitent l’utiliser et ils ne sont pas recensés auprès du régulateur. Les structures dédiées à une seule famille (single family offices) ne sont pas éligibles selon les termes de la loi du 21 décembre 2012.

Et certains conseillers économiques opèrent toujours auprès des familles sans statut de family office et via des sociétés de participations financières. Bref, beaucoup de monde agit sans doute encore sous le radar selon M. Krancenblum.

Le président du LAFO dresse toutefois un bilan positif de l’activité de son secteur depuis son institutionnalisation. «On a mis le Luxembourg sur la carte. Le statut de family office est un élément d’image très important, mais aussi un dispositif protégeant de la place», commente M. Krancenblum, faisant référence à l’obligation d’appliquer le cadre légal propre aux professionnels du secteur financier, à commencer par la réglementation contre le terrorisme et le blanchiment d’argent.

Mais respecter ces critères coûte beaucoup d’argent aux family offices, contraints qu’ils sont de se soumettre à des audits et à un reporting réguliers. Il faudrait revoir un peu la loi en la matière affirme M. Krancenblum, par ailleurs patron de la fiduciaire et multi-family office SGG. Le ministre est informé.

Qu’est-ce qu’un family office ?

La loi du 21 décembre 2012 relative aux family offices définit leur activité comme la prestation de conseils ou «de services de nature patrimoniale à des personnes physiques, à des familles ou à des entités patrimoniales appartenant à des personnes physiques ou à des familles».

Le pluriel est important, car elle exclut les single family offices, commente Serge Krancenblum, président de l’association professionnelle. En ces termes, le législateur luxembourgeois vise le conseil en planification patrimoniale, le suivi administratif ou financier d’un patrimoine ou la coordination des prestataires de services en relation avec un patrimoine. Bref, de la gestion de fortune à l’exception de la gestion d’espèce, réservée aux banquiers.