Il est les yeux et les oreilles de l’hôtel Royal

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LUXEMBOURG – Celui qui se fait appeler par plusieurs stars et clients fortunés «Monsieur Simon» s’est livré à «L’essentiel», en acceptant de révéler quelques secrets.

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Simon Delcomminette était mercredi soir sur les ondes de «L’essentiel Radio». (photo: L’essentiel/Jonathan Vaucher)

Costume impeccable, lunettes rondes et carrure imposante, Simon Delcomminette est le chef-concierge de l’hôtel Royal à Luxembourg. Mais son insigne sur le revers de la veste, deux clés d’or croisées, est un signe distinctif reconnu par plus de 3 700 personnes dans le monde. Il est le président des Clés d’or au Luxembourg. L’association internationale fondée en 1952 par un Français compte aujourd’hui 45 pays membres, dont le Luxembourg depuis 1988, avec une dizaine de concierges reconnus. «Quand on dit “concierge”, beaucoup pensent en effet que je balaye la cour et sors les poubelles. Mais quand j’explique ce que je fais vraiment, ils sont soudainement intéressés». Lui, il a rencontré Céline Dion, Luciano Pavarotti, Mort Shuman… Et son carnet d’adresses est aussi rempli que son appareil photo.

Les concierges ont une clause de discrétion dans leurs contrats. Alors c’est toujours à demi-mots qu’ils lâchent quelques indiscrétions. D’autant que le poste nécessite de répondre à toutes les extravagances. Et ne jamais dire non? «On peut le dire! Seulement si c’est immoral ou interdit, car en théorie, on ne refuse rien. Après tout, les clients payent. Et en général, ils veulent avoir tout, tout de suite». Le problème au Luxembourg, ce n’est d’ailleurs pas la bonne volonté mais les moyens techniques. «Un client voulait impressionner sa compagne en me demandant en pleine nuit 1 000 roses rouges à déposer sur son lit le matin. Je lui ai répondu “Mais ici, tout ferme à 18h”. J’ai donc appelé un confrère à Amsterdam en lui disant de mettre 1 000 fleurs rouges dans un taxi pour les recevoir dès la première heure. Au final, je me suis retrouvé avec… 1 000 tulipes. Heureusement, le client était très satisfait».

L’âme de l’hôtel

Des anecdotes comme ça, Simon en a des centaines. Il faut dire qu’en 28 ans de Clés d’or, quasiment autant que sa présence à l’hôtel Royal, il a vu passer du monde et a vécu «tous les défis». Comme cette cliente qui voulait à tout prix un plan exact imprimé d’un parcours vers un lieu et qui était «exécrable» avec le petit personnel. Certains qui sont «bêtes et méchants», d’autres «simples, avec qui on a vraiment passé de bons moments». Comme cet acteur français amateur de vin qui voulait à tout prix que son concierge l’accompagne dans les dégustations. Cet ancien président «d’une discrétion entière» et qui partait incognito se promener le soir. Ou ces stars un peu déchues qui «demandent des accès par les sorties de secours ou les garages, craignant des fans qu’ils n’ont plus beaucoup».

Et puis, «on oublie tous ces inconnus très fortunés dont certains sont tout à fait charmants». Ici au Luxembourg, «aucune rock-star n’a vraiment saccagé un hôtel comme on peut le croire. Mais quand ils le font, en général, ils laissent derrière un gros chèque pour tout réparer, et un “petit” pourboire de compensation.» Si on dit souvent que la conciergerie est l’âme d’un grand hôtel, ce sont également les yeux et les oreilles du bâtiment. Et souvent, une garantie. «Certains clients reviennent dans un hôtel pour la qualité de sa conciergerie, parce qu’on connaît leurs habitudes et qu’on saura y satisfaire». Quitte à réaliser l’impossible.

Pour faire ce métier, il faut «manier un beau langage, parler trois à six langues étrangères car le client de luxe veut pouvoir parler dans sa langue. Une bonne présentation et un contact humain facile. Il faut savoir trouver une solution à tout. Et avoir un gros carnet d’adresses. En général, le chef-concierge et son équipe sont voués à l’hôtel. C’est pour ça qu’il faut aussi connaître par cœur sa ville et son hôtel.» Il y a évidemment des écoles. «Mais j’y crois peu, rien ne vaut d’apprendre son métier sur le tas. Souvent, on entre dans une conciergerie et on grimpe les échelons, comme aide concierge, assistant, etc». Enfin pour avoir l’agrégation Clés d’or, il faut deux à cinq ans d’expérience comme chef-concierge, parler deux langues au moins et réussir un petit examen d’entrée avec le comité.